Tu es peut-être aux toilettes en ce moment.
La seule pièce de la maison où personne ne te demande rien. Trente secondes volées entre deux urgences.
Ou peut-être que tu regardes fixement la montagne de linge propre sur le canapé. Tu la regardes depuis trois jours. Elle te regarde aussi.
Ou peut-être que tu viens de mettre ton enfant au lit après une bataille épuisante, et là tu contemples le sol du salon. Les jouets partout. Le puzzle à moitié fait. Le verre de jus renversé que tu as essuyé avec une chaussette parce que tu n'avais plus la force d'aller chercher une éponge.
Ou peut-être que tu manges debout au-dessus de l'évier les restes du dîner de ton enfant parce que tu as oublié de te faire à manger à toi. Encore.
Ou peut-être que tu as 47 messages non lus dans le groupe WhatsApp de l'école. Tu le sais. Tu n'as pas la force d'ouvrir.
Ou peut-être que tu signes en catastrophe à 23h une autorisation parentale qui était due hier. En espérant que personne ne remarque la date.
Ou peut-être que tu étais en visioconférence tout à l'heure, souriante, professionnelle, la caméra cadrée juste assez haut pour qu'on ne voie pas le chaos derrière toi.
Ou peut-être que ce soir tes amies t'ont envoyé un message à 19h. « On sort, tu viens ? » Et toi tu as regardé ton téléphone, puis ton enfant, puis ton téléphone encore. Tu avais tellement besoin de cette soirée. De rire. D'être juste toi, pas maman. Mais il n'y avait personne à appeler. Alors tu as tapé « ah zut je peux pas ce soir » avec un petit emoji souriant. Et tu as posé ton téléphone. Et tu es restée là.
Ou peut-être que ton enfant vient enfin de s'endormir et toi, épuisée mais incapable de dormir, tu t'es effondrée sur le canapé. Tu fais défiler ton téléphone sans vraiment regarder. Tu n'as plus d'énergie pour rien mais tu n'arrives pas à lâcher l'écran non plus. Tu scrolles. Tu scrolles encore. Jusqu'à ce que les yeux se ferment tout seuls.
Ou peut-être que tu es dans les transports, debout, le sac trop lourd, et tu lis ça entre deux stations parce que c'est le seul moment de la journée où personne ne te parle.
Ou peut-être que tu as juste vu un post qui t'a fait penser « c'est exactement ça » et tu as cliqué sans trop savoir pourquoi.
Peu importe où tu es.
Si tu lis ces lignes, c'est que quelque chose t'a amenée jusqu'ici. La curiosité peut-être. L'épuisement sûrement. Ou cette petite voix qui dit qu'il doit exister autre chose.
Tu es au bon endroit. Et tu n'es pas seule.
Et pendant ce temps, il existe des dizaines d'applis pour que les femmes se retrouvent après le travail pour un apéro. Pour networker. Pour se faire des amies entre célibataires. C'est bien. Vraiment.
Mais nous, les mamans, celles qui pourraient s'apporter quelque chose de concret et de précieux, celles dont l'entraide pourrait littéralement changer une journée, une semaine, une vie, nous n'avons rien. Pas d'espace vérifié. Pas de lieu de confiance. Juste des groupes Facebook où personne ne se connaît vraiment.
Pourquoi les femmes sans enfants ont leurs applis de rencontres amicales et nous, on se débrouille seules?
MAMAMI existe pour répondre à cette question.
Je m'appelle Zeynep. Je suis maman solo, turque, installée à Paris depuis quatre ans. Et je pourrais te raconter mon histoire de manière propre et organisée. Mais ce ne serait pas honnête.
Alors voilà la vérité.
Je suis arrivée en France avec ma famille, pleine d'espoir. En quelques mois, j'ai perdu mon travail. Puis mon mariage s'est terminé.
La solitude ne ressemble pas toujours à ce qu'on imagine. Ce n'est pas forcément pleurer dans le noir. C'est cuisiner trop et n'avoir personne à qui donner l'assiette en trop. C'est chercher quelqu'un de confiance pour garder ton enfant deux heures, et réaliser que les options sont soit trop chères soit trop froides. C'est être entourée de gens et se sentir quand même invisible.
Mon fils m'a sauvée, sans le savoir. C'est grâce à lui que j'ai rencontré d'autres parents à l'école. C'est par hasard que j'ai trouvé ma meilleure amie, maman d'un petit garçon d'un an. Son fils ne comprend pas encore ma langue. Mais il sait que je suis là. Il m'appelle « tata ». Parce que la chaleur, l'intention d'aider, la bienveillance, ça ne se traduit pas. Ça se ressent. Ce lien ne vient pas d'une appli. Il vient d'une porte qu'on a osé ouvrir.
Mais pour chaque porte que j'ai réussi à ouvrir, je sais qu'il y en a cent qui restent fermées. Des femmes qui ce soir gèrent tout seules, sans se plaindre, sans demander. Pas parce qu'elles n'ont pas besoin d'aide. Parce qu'elles ne savent pas encore que l'aide existe.
La fatigue d'une maman se ressemble à Paris, à Istanbul, dans chaque ville que tu n'as jamais visitée, dont tu ne connais même pas le nom, mais où une maman ce soir fait exactement la même chose que toi. On n'a pas besoin de parler la même langue pour se comprendre. On a juste besoin de se voir.
Il faut tout un village pour élever un enfant. Mais ce village, on ne le construit pas sur une appli froide. On le construit en se rencontrant vraiment. En se faisant confiance. En tendant la main avant d'en avoir désespérément besoin.
MAMAMI, c'est ton village. Vérifié, local, humain.
Si toi aussi tu portes trop, tu es la bienvenue.
Zeynep, fondatrice de MAMAMI